Article de François Frimaudeau, Historien

Un château méconnu au cœur de la campagne
Mons, Barbe, Cardéran, Lassale, Caubéos… et Andiran.
Le sixième château de la commune est très largement méconnu. Il peut pourtant arborer fièrement la dénomination de château.
La majorité des cartes indique simplement « Andiran » alors que l’édifice a tous les attributs d’un château, qui date pour l’essentiel du XVIIIe siècle. Il a été en outre la propriété d’une famille noble de robe et d’épée, les Canterac d’Andiran.
Perdu dans la campagne calignacaise, il se situe sur la « route d’Andiran » qui conduit à Espiens, l’ancien « chemin de Bruch à Calignac » du cadastre napoléonien (1813).
Le château est accessible par une allée de deux cents mètres à la sortie du hameau de Pérignan. Le corps de logis principal qui date du XVIIIe siècle est flanqué de deux tours. Autour d’une cour rectangulaire (les bâtiments situés à l’entrée qui apparaissent sur le plan napoléonien ont disparu) se disposent des dépendances : un vaste chai, témoin de la culture de la vigne sur les terres du château, des écuries, une porcherie et un pigeonnier. A l’arrière du logis principal, se trouvait un vaste jardin à la française.
La plupart des pièces du logis ont conservé leur apparence d’origine, notamment les chambres (portes moulurées) et la vaste salle de réception.
Les Canterac d’Andiran : une famille noble au service du roi
Le château a vraisemblablement été construit au XVIIIe siècle par la famille de Canterac d’Andiran. Cette famille noble a marqué la vie du village du XVIIe au milieu du XIXe siècle. L’on retrouve la trace d’un Raymond « dandiran » dans le livre des jurades (1628-1644), qui correspond aux formes particulières à Bordeaux et dans le Sud-Ouest de ce qui deviendra le conseil municipal.
Parmi les autres membres de cette famille, citons Guillaume de Canterac, « écuyer, seigneur d’Andiran, conseiller du roi » et président du présidial de Nérac (tribunal qui sous l’Ancien Régime juge en dernier ressort les affaires peu graves. Le présidial de Nérac a été créé en 1629 et sera supprimé en 1790 comme toutes les juridictions de l’Ancien Régime).
Il est décédé à Calignac en 1722 dans « son château d’Andiran » et inhumé, ce qui était alors un privilège accordé aux familles nobles et aisées, dans l’église de Calignac.
Il transmettra à son fils Pierre de Canterac d’Andiran sa charge de premier président au présidial de Nérac. Ce dernier est également désigné comme « notaire royal » à Calignac.
Deux frères au service des armées révolutionnaires
Cette famille donna plusieurs militaires, parmi lesquels Etienne Canterac d’Andiran. Né en 1745 à Calignac, il entra comme aspirant d’artillerie à l’école de Grenoble en mars 1768, fut promu chef de bataillon (1794) et fit la plupart des campagnes des armées révolutionnaires. Il obtint la légion d’honneur en 1804 et mourut en 1805 à Luxembourg.
Son frère puiné Pierre Canterac Saint-André, né en 1746, suivit la même voie. Entré comme aspirant d’artillerie à l’école de Grenoble, il fit les campagnes de 1792 à l’An IV (1796). Il fut promu chef de bataillon (1795) et obtint la légion d’honneur en 1804. Retiré à Marseille, il y mourut en 1830.
La branche casteljalousaine de cette famille compte un membre au destin exceptionnel : José de Canterac, né Joseph-César Cantérac d’Andiran d’Ornézan à Casteljaloux en 1786. Emmené en Espagne par son père émigré, il combat contre l’armée française pendant la guerre d’indépendance espagnole, devient général dans l’armée espagnole en 1815, puis s’illustre en Amérique du Sud contre les indépendantistes avant d’être tué à Madrid en 1835.
De maires de Calignac à l’anonymat
Deux Canterac d’Andiran furent maires de Calignac au XIX e siècle, de 1800 à 1802 et de
1824 à 1831.
Par la suite, le château tomba dans l’anonymat. Il passa dans les mains de plusieurs familles qui exploitèrent ses terres.
Auteur : François Frimaudeau, Historien


