Article de François Frimaudeau, Historien

De l’enseignement religieux à l’école laïque
Le système scolaire tel qu’on le connait aujourd’hui ne s’est mis en place qu’à partir du premier tiers du XIXe siècle.
Auparavant, c’est l’Église qui avait le monopole de l’instruction. Les moines et les sœurs dispensaient des cours aux garçons et aux filles. À Calignac, existait un couvent des sœurs de la Présentation de Bourg-Saint-Andéol (Ardèche), des religieuses destinées à l’éducation des filles.
En 1840, la supérieure des sœurs de la Doctrine chrétienne, une congrégation religieuse féminine se consacrant principalement à l’enseignement, demande à la municipalité un local attenant au couvent pour accueillir des élèves. « Cinq filles… tenaient une école de filles et donnaient des secours aux malades. » Cet établissement fonctionnait encore en 1884 (enquête sur l’enseignement primaire).
La loi Guizot (28 juin 1833) permet de développer la scolarisation : elle oblige les communes à entretenir une école de garçons et préconise la création d’une école – un bâtiment – pour garçons par commune.
En Albret, le baron Haussmann, le sous-préfet de Nérac (1832-1839), qui a fait de l’éducation une de ses priorités – avec le développement du réseau routier –, fait pression sur les municipalités pour que cette loi soit appliquée.
François Compeyre, premier instituteur de Calignac
À Calignac, François Compeyre est autorisé dès novembre 1833 par le recteur de l’académie de Cahors à exercer les fonctions d’instituteur. En 1834, 26 élèves fréquentent l’école primaire élémentaire. L’instituteur est autorisé en 1835 à accueillir des filles mais à condition qu’il y ait « deux salles séparées », l’école n’étant pas mixte à cette époque.
L’école est alors payante (l’instituteur est payé par la commune et les parents lui versent une rétribution) mais les parents n’ont pas l’obligation d’y envoyer leurs enfants. Les enfants des plus démunis sont accueillis gratuitement (ils sont six en 1835).
1839 : l’école des garçons trouve son foyer
C’est en 1839 que la municipalité acquiert un bâtiment qui sera aménagé pour accueillir l’école de garçons.
Il s’agit d’une maison et d’un jardin attenant qui appartiennent à Dubiau, « artiste vétérinaire », sur le bord de la route principale.
Ce bâtiment sera jusqu’au milieu des années 1960 l’école des garçons. Il servira ensuite de mairie puis sera un temps transformé en restaurant.
L’école des filles : entre dénuement et persévérance
En 1884, lors d’une enquête préalable à la construction d’une école de filles, le village possède 699 habitants, le nombre de filles en âge de fréquenter l’école est de 47.
Il existe « une école libre congréganiste de filles » qui est gratuite. Il n’y a pas de local communal pour l’école publique de filles, qui existe depuis 1839 et « qui est établie dans une maison insuffisante tant du point de vue du logement personnel de l’institutrice que de celui des élèves… qui sont obligées de prendre leur repas sur la voie publique. »
En 1882, il y avait « dix à douze jeunes filles » qui suivaient les cours de l’institutrice laïque malgré le grand dénuement dans lequel elle se trouvait : « Bureau pour l’institutrice, tables de travail pour les enfants, cartes murales, tableau noir, poêle, tout manque », relève le conseil municipal.
Une école de filles est construite en 1888 par l’entrepreneur Lebrère, sur les plans de Teulère, architecte.

1936, l’année où Calignac a failli avoir un groupe scolaire flambant neuf
Au début des années 1930, la commune possède une école de garçons et une école de filles, qui ne se situent pas dans le même lieu. L’école de garçons est installée à hauteur de l’église près de la route nationale et l’école de filles est un bâtiment récent (il date de la fin du XIXe siècle), construit près du cimetière.
Malgré les travaux qui ont été régulièrement entrepris, l’école de garçons est en mauvais état. Selon un rapport d’architectes : « … l’exiguïté, la vétusté et le manque d’hygiène [des bâtiments actuels] exigent le remplacement. »
Au début de l’année 1938, un courrier du préfet indique que dans une délibération, le conseil municipal a signalé « le danger que présente, pour les enfants, l’état actuel des locaux scolaires et plus particulièrement le manque de solidité des murs et du plancher de la salle de classe. »
Dès 1936, le conseil municipal a envisagé de construire un nouveau groupe scolaire. Un projet est réalisé par le cabinet agenais de l’architecte Maurice Hénonin en novembre, qui est décrit ainsi : « Le groupe projeté sera édifié sur un terrain régulier… bien placé à la limite de la commune, en bordure de la route de Nérac à Agen, mais avec entrée sur une route secondaire, ce qui évitera tous risques d’accident. Il sera disposé en équerre et comportera un bâtiment central pour l’habitation des maîtres. »
Le projet décrit ensuite les deux ailes, l’une destinée à l’école de garçons et l’autre à celle des filles. « Le montant de la dépense, y compris imprévisions, honoraires et déplacements des architectes est de 538 877,88 (francs). »
Pour des raisons budgétaires (la commune a notamment contracté un emprunt de 219 000 francs pour l’électrification) mais également liées au fait que le propriétaire du terrain (il forme l’angle sud de la propriété de La Rouquette et appartient à Jean dit Charles Sauvage, forgeron et constructeur de machines agricoles) refuse de le vendre, ce projet n’aboutira pas.


Il faudra attendre le milieu des années 60 pour que la commune se dote d’un nouveau groupe scolaire, accueillant les garçons et les filles.
Auteur : François Frimaudeau, Historien


